Difficile d’y couper dans notre profession de sage-femme : Le Premier Cri a été et reste un film d’actualité. Film ambitieux, qui a la prétention de raconter « notre histoire à tous ». Pour cela, nous suivons 11 femmes, dans 10 pays, aux accouchements très différents. Un peu trop différents, probablement, à nos yeux d’occidentaux. La faiblesse des commentaires laisse aux seules images le soin de nous renseigner ; et que comprendront des spectateurs néophytes ?

Que l’hôpital, c’est le mal absolu. Tous les accouchements en milieu hospitalier sont parfaitement dénués d’humanité ; le sommet est atteint avec la maternité d’Hô-Chi-Minh Ville, usine de 45 000 naissances par an, où le réalisateur n’a même pas jugé nécessaire de suivre une parturiente comme pour tous les autres pays. C’est le médecin que nous suivons, qui très naturellement regarde ses patientes gémir sans leur prêter attention (par respect de leur pudeur exacerbée vis-à-vis de la douleur, comme nous le savons quand nous suivons ces patientes, mais comment le spectateur le devinerait-il ?).

La naissance la plus mise en valeur est celle de l’enfant de Vanessa, Canadienne qui défend l’accouchement libre, entendez par là sans aucune assistance médicale. Ce sont les membres de sa communauté qui l’accompagnent pendant son travail, eux encore qui assistent à la naissance de l’enfant, et eux toujours qui pratiquent une délivrance manuelle sauvage après quelques heures de rétention placentaire… Et pendant que cette femme qui avait le choix de sécuriser son accouchement par la présence d’une sage-femme expérimentée à ses côtés vit son délire, une autre accouche dans le Sahel, à même le sable, dans une culture qui ne connaît même pas la matrone traditionnelle ; c’est entourée de ses compagnes qu’elle finira, après un travail long et douloureux, par accoucher d’un enfant mort. Aurait-elle refusé, elle, une assistance médicale si elle avait eu la chance de pouvoir en bénéficier ?

Ainsi, à partir de belles images, et sur fond de belle musique, une mise en scène délibérément orientée contre l’hôpital prône la démédicalisation. Démédicalisation en partie nécessaire dans notre culture, trop portée à considérer la naissance uniquement comme un risque, mais faut-il pour cela tourner le dos à tout accompagnement médical, comme des millions de femmes sont forcées de le faire de par le monde ? 500 000 continuent à mourir chaque année de ce fait, ainsi que des millions d’enfants. Dans ce contexte, décrédibiliser ainsi le corps médical sans distinction, quelle indécence…